Pourquoi la psychanalyse utilise encore des mots qui dérangent ?
- 10 juin
- 3 min de lecture
« Hystérie », « perversion », « castration »… Pour beaucoup, ces mots semblent appartenir à un autre temps. Ils peuvent paraître datés, excessifs, parfois même choquants. Et il faut reconnaître qu’aujourd’hui, ils portent souvent un poids culturel et émotionnel important...
Alors pourquoi les psychanalystes continuent-ils à employer ces termes ? Par conservatisme ? Par goût du jargon ?
Pas exactement, car en psychanalyse ces mots ont souvent un sens très différent de leur usage courant.

Pourquoi certains mots de la psychanalyse dérangent-ils autant ?
Les mots ne sont jamais neutres, et certains termes psychanalytiques ont progressivement changé de sens dans le langage quotidien.
Par exemple :
« pervers » évoque aujourd’hui une personne manipulatrice, dangereuse ou malveillante ;
« hystérique » est parfois utilisé comme une critique sexiste ou une façon de discréditer une émotion ;
« castration » suscite souvent un rejet immédiat ou une image de violence.
Pourtant, dans le cadre théorique psychanalytique, ces notions désignent autre chose.
Comprendre cela permet souvent de dépasser certains malentendus.
Que signifie la castration en psychanalyse ?
La castration symbolique ne désigne pas une mutilation réelle.
En psychanalyse, elle renvoie au fait de découvrir progressivement que nous ne pouvons pas tout avoir, tout contrôler, ni être tout pour l’autre. Autrement dit accepter l’existence du manque, de la frustration et de la limite.
Cette étape participerait à la construction psychique et à l’entrée dans la vie relationnelle. Elle permet notamment d’intégrer que le désir ne peut jamais être totalement comblé.
L’hystérie en psychanalyse : un mot souvent mal compris
Aujourd’hui, traiter quelqu’un d’« hystérique » est une insulte sexiste.
Pourtant en psychanalyse, la structure hystérique ne signifie pas être excessive ou irrationnelle : elle désigne une organisation psychique particulière, souvent marquée par :
une forte sensibilité relationnelle,
un rapport important au désir de l’autre,
des questionnements autour de la place, du regard ou de la reconnaissance,
parfois une interrogation inconsciente du type : "Qu’est-ce qui me rend désirable ?"
Là encore il ne s’agit pas d’une insulte, mais d’un concept théorique.
Que signifie la perversion en psychanalyse ?
Le terme perversion est probablement l’un des plus controversés aujourd’hui. Dans le langage courant, il est souvent associé à la violence psychologique, à la manipulation sexuelle et/ou à la dangerosité.
Mais dans le modèle structural classique, la perversion constitue l’une des trois grandes structures psychiques aux côtés de la névrose et de la psychose. Cela ne signifie pas être « mauvais » ou dangereux.
Faut-il abandonner ces mots en psychanalyse ?
Alors, la psychanalyse doit-elle abandonner ces mots qui dérangent ? C’est un vrai débat dans le milieu clinique.
Certains psychanalystes considèrent que ces mots permettent de penser des phénomènes psychiques complexes avec précision. Pour eux, changer les mots risquerait aussi de faire perdre une partie des concepts.
D’autres cliniciens estiment que certains termes sont devenus trop chargés culturellement ou moralement. Ils craignent que ces mots blessent, créent des malentendus, ou enferment les personnes dans des catégories stigmatisantes.
Certains préfèrent alors reformuler : parler de fonctionnement hystérique, de logique perverse,
ou contextualiser davantage les notions.
Les mots évoluent… mais les concepts peuvent rester utiles
La question n’est peut-être pas seulement : faut-il garder ces mots ?
Mais aussi : comment les expliquer avec nuance aujourd’hui ?
Un concept psychologique n’a de valeur que s’il aide à mieux comprendre une personne, un vécu ou une souffrance. Pas s’il sert à réduire ou à enfermer.
Et peut-être est-ce justement là un important défi contemporain de la psychanalyse : continuer à penser la complexité, tout en trouvant des mots qui permettent encore de dialoguer.



