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Pourquoi les attachements anxieux et évitants s'attirent-ils si souvent ?

  • 1 juil.
  • 4 min de lecture
Pourquoi les profils d'attachement anxieux et évitant se retrouvent-ils si souvent en couple ? Comprendre cette dynamique pour sortir des répétitions douloureuses. Par Cléo Séron psychanalyste.

Il existe des couples dont la dynamique semble se répéter inlassablement : l'un a besoin de proximité, de présence et de réassurance, tandis que l'autre a besoin d'espace, de distance et d'autonomie. Plus l'un s'approche, plus l'autre s'éloigne. Plus l'autre s'éloigne, plus le premier s'inquiète et intensifie sa demande.


Cette rencontre entre un attachement anxieux et un attachement évitant est extrêmement fréquente. Et ce n'est pas un hasard !


Pour comprendre pourquoi ces deux fonctionnements se retrouvent si souvent ensemble, il faut s'intéresser à la manière dont chacun a appris à vivre le lien.



Les styles d'attachement : des stratégies d'adaptation


Les travaux de John Bowlby et de Mary Ainsworth nous invitent à considérer les styles d'attachement comme des stratégies d'adaptation développées très tôt dans la vie.

Ces stratégies ne sont pas des traits de personnalité figés, mais des manières d'entrer en relation qui se construisent à partir des expériences vécues.


L'attachement anxieux tend à hyperactiver le lien. Une inquiétude sous-jacente apparaît régulièrement : « Reste avec moi. Rassure-moi. Dis-moi que tu es là. »

L'attachement évitant, lui, cherche plutôt à désactiver le lien. Le mouvement intérieur ressemble davantage à : « Je vais gérer seul. N'approche pas trop près. »

À première vue, ces deux fonctionnements semblent incompatibles. Pourtant, ils s'attirent très souvent.


Pourquoi s'attirent-ils autant ?


Nous ne choisissons pas nos partenaires uniquement de façon rationnelle : nous sommes fréquemment attirés par ce qui nous est familier, même lorsque cette familiarité est douloureuse. Nous avons tendance à retrouver des façons de vivre le lien qui ressemblent à celles que nous avons connues auparavant.


La personne anxieuse retrouve une certaine distance émotionnelle qui lui est familière.

La personne évitante retrouve une proximité parfois ressentie comme envahissante, qu'elle a déjà apprise à gérer en se retirant.


Cette répétition inconsciente fait écho à ce que Sigmund Freud appelait la compulsion de répétition : la tendance à rejouer des scénarios connus, dans l'espoir inconscient qu'ils se terminent autrement.



Attachement anxieux et évitant : une complémentarité qui repose sur des défenses


Au début de la relation, cette rencontre peut même donner l'impression de bien fonctionner : la personne anxieuse investit la relation, manifeste son intérêt et crée du lien ; la personne évitante apporte du calme, de la stabilité et tempère parfois l'intensité émotionnelle. Un équilibre semble alors s'installer.


Mais cet équilibre repose davantage sur des mécanismes de protection que sur un véritable sentiment de sécurité. Et c'est souvent là que les difficultés apparaissent.



Le cercle vicieux du « poursuivant et du fuyant »


Cette dynamique a notamment été décrite par Sue Johnson, qui a thoérisé la thérapie basée sur les émotions : elle parler du cycle du poursuivant et du fuyant.


Le scénario est souvent le même :

  • la personne anxieuse cherche davantage de proximité ;

  • la personne évitante se sent envahie et prend de la distance ;

  • cette distance réactive la peur de l'abandon chez la personne anxieuse ;

  • les demandes augmentent ;

  • la personne évitante s'éloigne encore davantage.


Et la boucle s'autoalimente, sans que personne ne soit véritablement en faute.



Ce qui se joue en profondeur


Chez la personne anxieuse, on retrouve souvent une peur importante de l'abandon, un besoin de réassurance, et des difficultés à tolérer l'absence ou l'incertitude. L'autre devient alors un régulateur émotionnel essentiel.


Chez la personne évitante, on observe plus fréquemment une peur de la dépendance, des difficultés à tolérer une trop grande intimité, et une forte valorisation de l'autonomie. Le lien peut alors être vécu comme une menace pour son équilibre.


Le paradoxe est frappant : ce que l'un recherche est précisément ce que l'autre cherche à éviter.



Pourquoi ces relations deviennent-elles si douloureuses ?


Parce que chacun se retrouve progressivement privé de ce dont il a le plus besoin. La personne anxieuse ne se sent jamais suffisamment sécurisée, la personne évitante ne se sent jamais suffisamment libre.


Le problème n'est pas que leurs besoins sont définitivement incompatibles, mais qu'ils restent souvent inconscients et s'expriment uniquement à travers des réactions automatiques.



Est-ce forcément voué à l'échec ?


Non. Mais cela demande un véritable travail psychique des deux côtés : la bonne volonté seule ne suffit généralement pas !

Il s'agit d'apprendre à reconnaître ses propres mécanismes pour ne plus les subir. Dans la perspective de Donald Winnicott, l'enjeu serait de construire une relation « suffisamment sécurisante ».


Cela implique que la personne anxieuse développe progressivement des capacités d'auto-apaisement, et que la personne évitante apprenne à tolérer davantage la proximité émotionnelle. Il ne s'agit pas de devenir quelqu'un d'autre mais d'élargir sa manière d'être en relation.


Une phrase qui résume souvent cette dynamique


La personne anxieuse dit : « Rapproche-toi pour que je me sente bien. »

La personne évitante dit : « Éloigne-toi pour que je me sente bien. »

Et, sans le vouloir, chacun active exactement la peur de l'autre.


En consultation, on entend souvent des phrases comme : « J'ai toujours l'impression d'être celui ou celle qui en demande trop. », ou : « On me reproche souvent d'être distant(e). »

Ces réactions ne sont pas des défauts de caractère mais des organisations du lien. C'est lorsqu'elles deviennent conscientes qu'elles peuvent, progressivement, se transformer.



 
 

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