Quelle va être la durée de ma thérapie ?

Quelques séances, quelques mois, plusieurs années : la durée d'une thérapie dépend de nombreux facteurs. Mais une thérapie longue est-elle forcément plus efficace qu'une thérapie courte ?
Lorsqu'on envisage de commencer une thérapie, la question de la durée est souvent l'une des premières qui se pose.
On peut avoir besoin de savoir combien de temps on va devoir s'engager, combien de séances seront nécessaires, ou encore si l'on risque de commencer une thérapie sans savoir quand elle prendra fin.
Il n'existe pourtant pas de réponse universelle à cette question : la durée d'une thérapie dépend de la personne, de ce qui l'amène, de ses objectifs, de la méthode utilisée et de la nature du travail entrepris.
Et surtout, une thérapie longue n'est pas nécessairement meilleure qu'une thérapie courte.
Il n'existe pas une durée standard pour une thérapie
En psychologie et en psychothérapie, les pratiques sont nombreuses et leurs objectifs peuvent être très différents.
Certaines personnes consultent pendant quelques séances pour traverser une période particulièrement difficile, réfléchir à une décision, faire face à un événement ou trouver un soutien dans un moment de crise. D'autres entreprennent une thérapie de plusieurs mois. Et certaines commencent un travail beaucoup plus long, notamment lorsqu'elles souhaitent comprendre des difficultés anciennes, des répétitions relationnelles, des conflits internes ou des fonctionnements psychiques qui se sont construits progressivement au cours de leur histoire.
Il n'y a donc pas de durée "normale" d'une thérapie. Une thérapie de quelques semaines n'est pas nécessairement superficielle, pas plus qu'une thérapie de plusieurs années n'est nécessairement excessive.
La durée doit pouvoir être pensée en fonction du travail dont la personne a besoin.
Thérapie courte ou thérapie longue : laquelle est la meilleure ?
Cette question suppose que l'on pourrait mesurer la qualité d'une thérapie à sa durée... mais ce n'est pas réellement ainsi que les choses fonctionnent.
Une personne qui consulte à la suite d'un événement précis peut parfois trouver rapidement les ressources nécessaires pour traverser cette période. À l'inverse, lorsqu'une difficulté est ancienne et qu'elle s'inscrit dans des modes de fonctionnement profondément ancrés, le travail peut demander davantage de temps.
Il ne s'agit donc pas de choisir entre une thérapie "courte" qui serait superficielle et une thérapie "longue" qui serait profonde.
Il s'agit plutôt de se demander : de quoi cette personne a-t-elle besoin aujourd'hui ? Et quel type de travail peut réellement lui être utile ?
Pourquoi le travail psychanalytique peut-il prendre du temps ?
En psychanalyse, la question de la durée se pose d'une manière particulière.
La psychanalyse ne cherche pas uniquement à faire disparaître un symptôme ; elle vise avant tout à comprendre ce qui se répète dans notre vie, ce qui se joue dans nos relations, la manière dont nous nous protégeons, nos conflits internes, nos représentations de nous-mêmes et des autres, ou encore la façon dont notre histoire continue d'influencer notre présent.
Or, comprendre quelque chose intellectuellement ne suffit pas toujours à le transformer !
On peut parfaitement savoir que l'on choisit toujours le même type de relation et continuer à faire les mêmes choix ; on peut comprendre pourquoi l'on a peur d'être abandonné et continuer à vivre chaque distance de l'autre comme une menace ; on peut identifier l'origine d'un fonctionnement sans parvenir immédiatement à en sortir.
Le travail psychique implique alors autre chose qu'une simple compréhension intellectuelle : il s'agit progressivement de pouvoir vivre, ressentir, penser et agir autrement. Et cette transformation demande parfois du temps.
Une psychanalyse est-elle forcément interminable ?
La représentation d'une psychanalyse qui durerait nécessairement des années, voire toute une vie, est encore très présente.
Pourtant les pratiques psychanalytiques sont diverses, et les modalités du travail varient selon les praticiens et les personnes : fréquence des séances, dispositif, objectifs, conception de la fin du travail...
Il n'est donc pas possible de donner une durée universelle à "la" psychanalyse.
Et surtout, terminer un travail analytique ne signifie pas avoir enfin tout compris de soi... Il n'existe probablement pas de moment où l'on pourrait dire : "ça y est, je me connais parfaitement !"
La fin peut plutôt correspondre à un moment où quelque chose a suffisamment changé. Un symptôme peut ne plus occuper la même place, une relation à soi ou aux autres peut s'être transformée, une répétition peut avoir perdu de sa force, ou encore la personne peut disposer de davantage de liberté pour faire ses choix et traverser les difficultés de son existence.
Dans ma pratique, est-ce que je détermine une durée pour chaque thérapie ?
Je ne fixe pas une durée prédéterminée à une thérapie.
Mon approche est psychanalytique contemporaine, psychodynamique et relationnelle. Elle prend en compte ce que la personne traverse dans son présent, tout en s'intéressant à la manière dont son environnement et son histoire peuvent continuer à influencer son fonctionnement psychique et relationnel.
Certaines personnes viennent avec une demande précise et ont besoin d'un accompagnement relativement court. D'autres ont besoin de davantage de temps pour explorer ce qui se joue derrière leur demande initiale. Et il arrive également qu'une personne commence avec une difficulté particulière et découvre progressivement que celle-ci est liée à des problématiques plus profondes ou plus anciennes : la durée peut alors évoluer au fil du travail, elle n'a donc pas besoin d'être déterminée dès le premier rendez-vous.
Cela permet de rester attentif à ce qui se passe réellement dans la thérapie, plutôt que de chercher à faire entrer chaque personne dans une durée prédéfinie.
Comment sait-on qu'une thérapie est terminée ?
La question de la durée nous amène finalement à une autre question : comment sait-on qu'il est temps d'arrêter ? Car bien sûr, elle va avoir une fin : une thérapie n'a pas vocation à devenir une relation dont on ne pourrait plus se passer. L'objectif n'est pas que le patient ait toujours besoin de son thérapeute pour comprendre ce qu'il ressent, prendre ses décisions ou traverser les difficultés de sa vie.
Au contraire, le travail peut permettre de développer davantage de liberté psychique et d'autonomie : pouvoir penser ce qui nous arrive, identifier certains fonctionnements, reconnaître nos émotions, faire des choix et mobiliser nos propres ressources.
Cela ne signifie évidemment pas devenir totalement indépendant des autres, nous avons tous besoin de relations, de soutien et parfois d'aide. Mais il existe une différence entre avoir besoin d'une relation et ne plus pouvoir fonctionner sans une relation particulière.
Cette distinction peut être importante lorsqu'une thérapie arrive à son terme.
La fin d'une thérapie fait elle aussi partie du travail
Mettre fin à une thérapie n'est pas un abandon ou un échec ; la séparation peut elle-même devenir un temps de réflexion.
Qu'est-ce qui a changé depuis le début ? Qu'est-ce qui reste difficile ? Qu'est-ce que la personne a appris sur elle-même ? Qu'est-ce qu'elle pourra désormais faire différemment ?
Et parfois, la réponse est que le moment n'est pas encore venu de terminer. Là encore, ce n'est pas nécessairement un échec.
La fin d'une thérapie n'est pas qu'une question de calendrier, c'est aussi un moment important du processus thérapeutique.
Alors, combien de temps faut-il prévoir pour une thérapie ?
Il est rarement possible de répondre précisément à cette question, et c'est impossible avant d'avoir commencé le travail.
On peut avoir une idée générale du type d'accompagnement proposé, de son rythme et de ses objectifs, mais la durée réelle dépendra de ce qui se construit au fil des séances.
Et il y a peut-être une autre raison de ne pas vouloir fixer trop précisément cette durée à l'avance. Savoir dès le départ qu'une thérapie devra durer six mois, un an ou deux ans peut introduire une forme de pression : celle de devoir 'réussir' dans le temps imparti. Comme s'il fallait pouvoir présenter des résultats à une échéance donnée.
Or, le travail psychique ne fonctionne pas comme cela : il y a des avancées, des moments de stagnation, des retours en arrière, des découvertes inattendues. Certaines choses prennent du temps, d'autres peuvent évoluer beaucoup plus rapidement qu'on ne l'aurait imaginé.
La thérapie n'a donc pas besoin d'être une course vers un objectif fixé à l'avance. Elle peut être un espace dans lequel on prend le temps de comprendre ce qui se passe, de mettre en lien ce qui semblait séparé et, progressivement, lorsque cela devient possible, de vivre autrement.
"Est-ce que ce travail est encore vivant pour moi ? Est-ce qu'il m'aide à avancer ?"
Tant que la réponse est oui, la durée peut rester une question ouverte.



