"Le pervers narcissique peut-il changer ?" Mais existe-t-il réellement ?
- il y a 2 jours
- 3 min de lecture

Le terme « pervers narcissique » est aujourd'hui partout : on le retrouve dans les médias, sur les réseaux sociaux, dans les témoignages de personnes ayant vécu des relations difficiles, mais aussi dans de nombreux ouvrages de développement personnel.
Une question mérite d'être posée d'emblée : le pervers narcissique existe-t-il réellement en tant que diagnostic psychologique ? Non, mais... la réponse est plus nuancée qu'il n'y paraît !
Le « pervers narcissique » n'est pas un diagnostic
Commençons par une précision importante : le terme « pervers narcissique » n'est pas un diagnostic psychiatrique reconnu. Vous ne le trouverez ni dans les classifications internationales des troubles mentaux (DSM-5), ni dans les principaux manuels diagnostiques utilisés aujourd'hui.
Cela ne signifie pas que les comportements décrits par cette expression n'existent pas, cela signifie simplement que la réalité clinique est plus complexe qu'une seule étiquette.
D'où vient cette expression ?
D'abord utilisée, sous la forme "perversion narcissique" par le psychiatre français Paul-Claude Racamier pour désigner certains fonctionnement psychiques et relationnels, l'expression a été popularisée et a totalement changé. Elle décrit maintenant des fonctionnements relationnels marqués par la manipulation, l'emprise, la dévalorisation de l'autre ou encore l'utilisation d'autrui à son propre bénéfice. Elle a donc quitté le champ clinique pour entrer dans le langage courant.
Aujourd'hui lorsqu'une personne parle d'un « PN », elle désigne généralement quelqu'un qu'elle perçoit comme manipulateur, toxique, destructeur ou exerçant une emprise psychologique.
Cette utilisation répond souvent à un besoin légitime : celui de comprendre une expérience relationnelle douloureuse.
Pourquoi le terme est-il devenu si populaire ?
Lorsque l'on a vécu une relation marquée par la manipulation, les mensonges, la culpabilisation ou l'humiliation, il peut être extrêmement soulageant de trouver des mots pour décrire ce que l'on a traversé. Pour beaucoup de personnes, le terme « pervers narcissique » a joué ce rôle : il a permis de mettre du sens sur des expériences parfois très déstabilisantes voire violentes.
Et je pense qu'il est important de reconnaître cette fonction ! Mais cela ne dispense pas d'interroger les limites de cette expression.
Le risque des étiquettes
Le principal problème du terme « pervers narcissique » est qu'il tend à mélanger plusieurs réalités différentes.
Une personne peut présenter des traits narcissiques importants, un trouble de la personnalité narcissique, des comportements manipulateurs, d'autres difficultés psychiques, ou même une combinaison de plusieurs de ces éléments. Or, ces situations ne se recouvrent pas nécessairement.
À force d'être utilisé comme une catégorie unique, le terme « PN » peut donner l'impression qu'il existe un profil parfaitement identifiable, avec des caractéristiques fixes et prévisibles. La réalité clinique est rarement aussi simple.
Peut-on avoir des comportements toxiques sans être narcissique ?
Oui. Des comportements de manipulation, de contrôle ou d'emprise peuvent être observés dans des situations très différentes. Ils ne sont pas automatiquement synonymes de trouble de la personnalité narcissique.
De la même manière, une personne présentant un trouble de la personnalité narcissique ne correspondra pas forcément à l'image populaire du « pervers narcissique » telle qu'on la retrouve sur internet.
C'est pourquoi il est souvent utile de distinguer les comportements observés du diagnostic lui-même.
Les personnes présentant un trouble de la personnalité narcissique peuvent-elles changer ?
Une autre idée très répandue consiste à affirmer que ces personnes ne changent jamais. Là encore, la réalité est plus nuancée.
Les troubles de la personnalité sont généralement durables, mais ils ne sont pas figés. Certaines personnes évoluent de façon significative au cours de leur vie ou dans le cadre d'un accompagnement thérapeutique. D'autres rencontrent davantage de difficultés à remettre en question leur fonctionnement.
Il n'existe donc ni garantie de changement, ni impossibilité absolue d'évolution.
Comprendre sans réduire
Je crois qu'il est possible de tenir ensemble deux idées.
La première consiste à reconnaître la réalité de certaines violences psychologiques et de certaines relations destructrices.
La seconde consiste à rester prudent avec les catégories qui prétendent résumer entièrement une personne.
Car comprendre une situation ne signifie pas nécessairement enfermer quelqu'un dans une étiquette. En psychologie comme en psychanalyse, les concepts sont avant tout des outils pour penser la complexité humaine. Ils deviennent problématiques lorsqu'ils prétendent la remplacer.



